
Le voleur idiot
|
Mise en scène
Nous nous attachons à explorer cette histoire
très ancienne avec un regard symbolique, autant que poétique
et drôle, ce qui n’empêche aucunement le plaisir esthétique
et de nouvelles façons de poser la question de la morale du conte.
Le récit est conté, joué théâtralement
et marionnettiquement. Il alterne et mêle les scènes d’actions
jouées par des marionnettes « à l’ancienne
» et la parole du conteur.
Les scènes du récit sont jouées par les marionnettes,
représentant les protagonistes (cf. plus loin). Nous sommes avec
Ali le berger et son âne au bord de l’oued, devant la muraille
de roche qui s’ouvre magiquement, puis au plus profond de la caverne
merveilleuse devant la splendeur d’un trésor inimaginable.
Plus tard, ce sont es voleurs de grands chemins qui complotent, le village
du frère d’Ali, Kassim et de sa femme acariâtre,
le grand marché multicolore où tout se négocie
la maison d’Ali et sa femme qui cachent les pépites d’or,
le banquet offert au chef des voleurs qui veut faire un très
mauvais sort à Ali, véritable nouveau riche...
|
|
Les marionnettes traditionnelles revisitées
Les marionnettes sont inspirées du théâtre
Wayang (Goleks à tiges et à tringles d’origine perse).
Elles sont fabriquées à partir de matériaux contemporains,
sacs de plastique, abat-jours, bouts de ficelles, boîtes de conserves...
comme si une certaine « pauvreté » des matériaux
permettait de renforcer la puissance de la lumière, valeur «
riche ».
Les VOLEURS sont fabriqués à partir de
boîtes de ferraille, évoquant les armures et les blindages
soldatesques, qui provoquent des sonorités et une manipulation
tonitruantes.
Les autres protagonistes (ALI, SA FEMME, KASSIM et la
sienne, LE PHARMACIEN, LE CORDONNIER) permettent une manipulation délicate
qui permet de figurer l’humanité et la délicatesse
de certains, particulièrement celles d’ALI et de MORGANE,
sa fille. Elles sont manipulées « à vue ».
Des abat-jours forment le corps des personnages « sensibles »
à la puissance de la LUMIÈRE de l’OR.
|

Morgane

Le 39e voleur |
LA
PAROLE DU VOYAGEUR-CONTEUR
Voyageur d’aujourd’hui, le conteur situe l’histoire
dans son contexte - un conte d’origine perse -, pose l’intrigue,
accompagne les personnages comme un reporter contemporain plongé
dans l’action, tente d’analyser les situations, d’en
dégager une possible morale. Outre la parole, il dispose d’un
vidéo-projecteur et d’un ordinateur portable. Il projette
images, mots, cartes, ombres sur le décor-écran mobile qui
se meut sur scène selon les situations : une rue populaire d’une
ville
orientale, la grotte merveilleuse, le marché, le palais des mille
et une nuits.
« LE TRÉSOR »
La symbolique principale de notre interprétation du conte est de
représenter le trésor par la LUMIÈRE qui irradie
ceux qui s’en emparent (marionnettes lumineuses). La fièvre
de l’Or ! Le
TRÉSOR est aussi le mot lui-même formé d’ampoules
ondoyantes, tel une enseigne lumineuse. La caverne du trésor s’avère
un véritable « ventre de lumière d’or »
qui absorbe -
dévore - les désirs des trop curieux pénétrants,
comme Kasssim le frère d’Ali.
UN DISPOSITIF SCÉNIQUE ÉVOLUTIF
Une grande toile de tente raccommodée qui évoque une tente
du désert, cache et révèle les différents
lieux de l’action. Les images projetées dessinent l’espace
des scènes: la maison du pauvre Ali, celle de son riche frère
Kassim, le marché oriental, la forêt, l’entrée
de la caverne, la caverne du trésor, le palais d’Ali devenu
riche.
|
|
LE SENS DE
L’HISTOIRE
Le conte est philosophique, populaire, universel. Il dit combien la fascination
de la richesse pour la richesse et la soif insatiable de l’accumulation
de biens sans nécessité peuvent être préjudiciables
à l’esprit humain, voire mortelles. Il dit aussi que le désir
de vengeance des nantis qu’on dépouille provoque en eux une
haine d’autant plus irréconciliable qu’ils ont eux-même
acquis leurs biens de façon malhonnête !
Le héros de l’histoire, Ali Baba, aura-t-il le même
comportement ?
Le propos du conte - qui est le plus ancien des Mille et Une Nuits - peut
faire l’objet d’une analyse politique et humaniste très
contemporaine. Accumuler des trésors, pourquoi faire ? À
quel prix ? Pourquoi accumuler plus que ce dont on a besoin ? Quelle est
la juste valeur des choses ? Leur apparence serait-elle suffisante, sans
utilisation ? Un simple code magique est-il le secret de l’accès
à la richesse,au bonheur ? De quel « bonheur » ?
AUJOURD’HUI
« La caverne d’Ali Baba », « Sésame, ouvre-toi
! » sont des termes passés dans le langage commun.À
la simple lecture de l’histoire, on omet souvent ce qui fait l’universalité
du conte, cette force humaniste grâce à laquelle le récit
a traversé le temps et les sociétés, depuis la Perse
jusqu’en Europe, accompagnant les caravanes, les voiliers marchands,
grâce à l’oralité des conteurs.Ou du moins en
retient-on l’image d’Épinal : le « merveilleux
», « le cruel », « l’orientalisme »,
voire le côté « enfantin », au détriment
de sa signification profonde, de sa portée philosophique, pédagogique,
symbolique. Pour mettre en scène ce conte ancien venu d’ailleurs,
dont on sait la diversité des origines (l’immense empire
perse), nous avons choisi d’en montrer les aspects symboliques autant
que merveilleux.Tous les aspects du récit sont abordés,
joués : le contexte d’une société orientale
traditionnelle, l’épopée d’un héros malgré
lui entremêlée de quiproquos comiques autant que
cruels, le suspens de la menace des cruels voleurs comme ressort ramatique,
la morale de la fable « bien mal acquis ne profite jamais »...
|